L’envol du héron, Katharina Hagena

L'envol du héron

Présentation de l’éditeur

L’Envol du héron met en scène une série de personnages liés sans le savoir par un douloureux secret.
Marthe n’a jamais renoncé à retrouver son fils, disparu il y a dix-sept ans tandis qu’il passait l’été dans le bourg de Grund. Ellen ne s’est jamais vraiment remise du départ inopiné de son amant alors qu’elle était enceinte de lui. Andreas, ami d’enfance d’Ellen, est devenu une sorte d’original privé de la parole, qui arpente les rues de Grund à la recherche de papiers et de notes égarés.
Autour de ces trois personnages hantés par la disparition gravitent amis, amants, proches qui, eux aussi, apportent leur lot de souffrances. Le personnage de Heidrun, la mère d’Ellen, plongée dans le sommeil trompeur du coma au terme d’une période de démence sénile, est comme l’image de cet impossible oubli qui sape les existences et interdit de faire son deuil.
Sommeil, disparition, tels sont les fils directeurs de cette histoire qui révèle peu à peu ses dessous, au fil des récits d’Ellen et de Marthe, qui s’entrecroisent sans jamais se rejoindre.
La disparition habite ce roman très atypique, qui s’attache à en explorer toutes les dimensions, toutes les résonances, jusqu’à lui donner une dimension mythique qui l’assimile non plus à la mort, mais à une ultime métamorphose.

L’auteur

Katharina Hagena Katharina Hagena est née en 1967. Spécialiste de l’œuvre de Joyce, elle a enseigné la littérature anglaise et allemande au Trinity College, à Dublin, et à l’université de Hambourg, où elle vit toujours. (source : Le Livre de Poche).

Le livre

Editions Anne Carrière – Paru le 22/08/13

Format broché – 304 pages

Une couverture toute sobre, qui si je n’avais déjà pas lu cet auteur, serait passée à côté sans m’y arrêter.

Mon avis

Voilà un livre que j’attendais avec impatience car j’avais lu il n’y a pas longtemps Le goût des pépins de pommes de cette auteure, lecture qui avait eu du mal à démarrer mais qui s’est révélée être une jolie découverte.

La particularité des livres de Katharina Hagena, c’est que ceux-ci tournent autour de thèmes précis, à savoir ici la disparition et le sommeil. Le souvenir et l’oubli sont également très présents comme dans son premier roman.

L’écriture peu au premier abord être assez déroutante, avec ses longues phrases, ses longues descriptions. C’est un livre qu’il faut prendre le temps de lire (au coin d’un feu par exemple) et de ne pas hésiter à relire certaines phrases. En effet, l’auteure joue avec les mots, notamment avec toutes les significations d’un même mot et certains passages sont magnifiques. J’ai pris un certain plaisir à relire des passages plusieurs fois afin de bien m’imprégner de leur signification.

Deux récits s’entrecroisent : celui de Marthe et celui d’Ellen. Le récit de Marthe nous est livré à travers un journal de chorale qu’elle tenait. Celle-ci notait tout ce qu’il se passait lors des séances de chorale ainsi que ses pensées sur son fils disparu, ses avis sur telle ou telle personne.
Le récit de d’Ellen est quand à lui basé sur ses souvenirs, souvenirs qu’elle ressasse lors d’une nuit où elle n’arrive pas à dormir, ce qui est un comble pour un médecin du sommeil !!!

Les descriptions des paysages de la campagne allemande sont très présentes et l’on se croirait presque au milieu de ces lacs et de ces champs de maïs. Les émotions et les doutes d’Ellen sont également magnifiquement retranscrites que l’on s’imagine aisément  être à la place de celle-ci.

A travers ses deux récits, nous découvrons toute une série de personnages ayant chacun leurs histoires, leurs secrets qui les hantent.
Toutes ces brides de récits vont finir par ce regrouper à travers un dénouement que je n’ai pas vu venir.

En conclusion, ma note

4,5

Des thèmes magnifiquement abordés, une écriture qu’il me tarde de retrouver dans un prochain roman!

 

Quelques citations

P54 : “Je suis invisible, mes cheveux sont gris, mes yeux sont gris, mon visage est gris, mes dents, ma veste, tout est gris. Les femmes de mon âge peuvent se rendre invisibles, nous pouvons presque tout faire. Quand plus personne ne vous désire et ne vous désirera jamais, que vous ne désirerez plus et ne désirerez plus jamais personne, alors vous êtes libre comme un oiseau qui a quitté sa cage, qui se redécouvre oiseau de proie.”

P101 : “Nous sommes faits de l’étoffe des rêves et notre petite existence est “encerclée” de sommeil.”

P119 : “Je m’interdis tout remords : le remords nous sert juste à nous dédouaner pour pouvoir ensuite tranquillement oublier.”

P166 : “Est-ce le cancer, la chimio ou la morphine qui a finit par le tuer, je n’en sais rien. Cancer, crabe, un mot étrange pour désigner cette maladie mais, dans son cas, tout à fait approprié. C’est l’incessante marche à reculons de ses pensées qui l’a rendu malade.”

P167 : “Je pris mon envol. Tout comme Lutz a pris le sien. Il a pris son envol – en français, voler c’est aussi dérober – et m’a dépouillée de tout.”

P169 : ‘”Dans l’épuisement, n’y a-t-il pas aussi la possibilité de puiser, non dans la plénitude mais dans un vide? Peut-être l’insomnie est-elle l’état qui convient à l’homme? Ce qui serait le plus près d’une délivrance.Et moi, je gâche la moitié de ma vie à empêcher les gens d’accéder enfin à eux-mêmes dans l’épuisement. Car, en fin de compte, la nuit au noir visage n’est pas simplement ce qui sépare deux journées. Quant à rêver, je peux le faire aussi dans l’épuisement. Peut-être même que le rêve est le gardien de l’insomnie. C’est à elle que je dois ma lucidité nocturne, il n’y a qu’en plein jour que je suis endormie. Endormie et épuisée.”

P215 : “Si j’avais parlé à Heidrun, je me serais peut-être sentie mieux, mais pourquoi devrait-on se sentir mieux? Se sentir mieux, savoir mieux, être mieux que. De là au surhomme, il n’y a pas loin.”

 

Petits plus

N’hésitez pas à lire également Le goût des pépins de pomme, un livre sur le souvenir et l’oubli, une saga familiale sur 3 générations de femmes.

 

Livre lu dans le cadre: 81568792_p.jpg catégorie Animal

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